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du Mythe du Bon Sauvage ...
... à Naturisme de Marché
A
l'origine du mythe du «bon sauvage», le philosophe Jean-Jacques
Rousseau a été à la fois le concepteur et le diffuseur de la
nouvelle idéologie qui place la nature au centre du nouvel
univers symbolique de l'homme. C'est en 1776 qu'a été créé,
en Belgique, le terme de naturisme, par le docteur Planchon, en
même temps que les célèbres "Principes de l'irradiation
solaire intégrale sur un sujet intégralement nu" ont été
présentés aux Académies royales françaises de médecine et
chirurgie. En 1787, le savant M.Russel publie en Grande-Bretagne
«Les effets des bains marins sur les glandes». Une étude prise
très au sérieux par le Prince de Galles, qui lance à cette
époque la mode des saisons balnéaires à Brighton. Voilà que
naissent alors les solariums et l'héliothérapie. Cette nouvelle
conception hygiéniste est aussi une doctrine du corps.
Cette nouvelle philosophie se veut naturelle, puisqu'elle
considère que pour atteindre une meilleure santé physique il
est nécessaire de «s'immerger» dans la nature. Elle se veut
aussi sociale parce qu'elle vise à restaurer les rapports entre
les êtres humains.
Ce n'est qu'à la fin du 19e siècle que le naturisme
moderne assume sa forme définitive. Son berceau est le monde
protestant. En instituant des rapports directs (sans la
médiation de l'Eglise) entre l'homme et dieu, le protestantisme
fait en sorte que la Nature devienne l'unique intermédiaire avec
la divinité. D'où le succès que le naturisme a connu parmi les
protestants des pays du Nord. En 1893, le docteur Heinrich Puder,
socialiste et hygiéniste, écrit le Nacktkultur "La
civilisation du nu".
En 1903, le premier centre naturiste européen voit le jour à
Lubeck: le Freilichtpark (Le parc de la lumière libre), où la
pratique de la gymnastique est obligatoire et où l'alcool et le
tabac sont bannis. Le régime alimentaire est, lui, strictement
végétarien.
La nudité sociale, c'est-à-dire le «nudisme», est
considérée comme l'un des éléments fondateurs du naturisme.
En 1896, l'association Wandervögel (oiseaux migrateurs) compte
parmi ses adhérents le grand physicien Werner Heisenberg. Les
Wandervögel organisent des voyages, des excursions en forêts ou
en montagne et pratiquent la nudité collective. Après 1933,
l'association sera absorbée par le Hitlerjugend.
On peut affirmer que le nudisme perd alors sa bataille dans la
vie de tous les jours. Aujourd'hui, en effet, personne ne se
balade sans habits en ville ou au bureau. Mais, grâce aux
congés payés, le nudisme gagnera en revanche sa bataille dans
l'espace particulier des plages ou des forêts. Cette victoire
est le fruit d'un compromis avec la société et le marché.
Nous demeurons certes toujours habillés, quand nous sommes dans
les lieux fondamentaux de notre vie, mais notre nudité est
acceptée dans les plages, grâces à ces «sous-compromis
sociaux» que sont le port des bikinis ou le topless qui, dans
n'importe quelle autre civilisation, auraient été considérés
comme l'expression de la nudité totale. Bref, reste que l'on a
créé un marché de la nudité et de la semi-nudité, ou
plutôt, un «ghetto balnéaire» de la nudité. L'idéologie
naturiste est devenue une sorte de marchandise, au même titre
que l'automobile représente une forme de liberté de mouvement.
Le militantisme naturiste a été annulé par la diffusion du
consumérisme naturiste.
Mais, revers de la médaille, le «naturisme de marché» a
enclenché un dangereux processus d'autodestruction. On peut dire
que l'idéologie naturiste accomplit son triomphe lorsque
l'industrialisation (qui l'a suscitée et l'a fait naître)
produit un effet néfaste: aujourd'hui, en effet, s'exposer au
soleil devient un acte dangereux, à cause du trou dans l'ozone
et des rayons ultra-violets qui peuvent provoquer des tumeurs de
la peau.
Paradoxalement toutefois, alors que le soleil peut faire des
dégâts et que l'eau de la mer est de plus en plus polluée,
jamais autant de personnes ne se sont dénudées sur la plage. Or
il faut dire que la pollution et l'effet de serre sont dus à
leur tour, en grande partie, à l'usage que nous faisons de nos
«exosquelettes métalliques», qui nous sont indispensables pour
mettre en pratique l'«idéal naturiste balnéaire». Et c'est
aussi l'une des raisons qui rendent de plus en plus
incompréhensible, aux yeux des anthropologues, le phénomène de
la grande migration estivale des bipèdes sans plumage que nous
sommes.
source:www.lecourrier.ch
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